Dion ne sait pas mentir. Cette jeune femme de 26 ans a su se démarquer en exposant en 2022, dans sa ville, au Festival International photo de Hong Kong APAPPAN. Elle y évoque avec beaucoup de réalisme son vécu pendant la période du COVID19. Aujourd'hui, elle évoque l'avenir de sa région dans cette exposition. « Un lieu emprunté, un temps emprunté », disait-on autrefois. Cette formule, longtemps associée à Hong Kong, semble aujourd’hui dépasser la simple métaphore pour devenir une expérience vécue. Peut-être sommes-nous, nous les Hongkongais, semblables à un bateau vide dérivant en pleine mer — sans équipage, sans gouvernail, portés par un courant dont la direction nous échappe.
La dérive n’est pas seulement un mouvement, mais un état. Elle implique l’absence de choix, la perte de repères, l’impossibilité de nommer un avenir clair. Avancer ne signifie plus progresser, mais continuer à flotter, à rester à la surface. Le temps s’étire, l’espace se transforme, et ce qui semblait stable devient provisoire.
Les images de Drifting observent cet état de suspension à travers des lieux calmes, souvent vides, situés à la lisière de l’activité humaine. Les paysages, les architectures et les infrastructures apparaissent comme des espaces intermédiaires : ni pleinement habités, ni totalement abandonnés. L’absence de figures humaines n’est pas une négation de la présence, mais une manière de la suggérer autrement — par les traces, les structures, les silences.
Le projet ne cherche pas à documenter un événement ni à produire un récit explicite. Il s’inscrit dans une temporalité lente, attentive, presque immobile. Les photographies laissent place à l’incertitude, invitant le regardeur à dériver à son tour, sans direction imposée. Ce qui est montré importe autant que ce qui reste hors champ.
Drifting interroge ainsi ce que signifie habiter un territoire lorsque l’ancrage devient fragile, lorsque l’appartenance se transforme en attente, et lorsque l’identité se construit dans le déplacement plutôt que dans la stabilité. Plus qu’un projet sur un lieu précis, il s’agit d’une réflexion sur une condition collective contemporaine — celle d’exister dans l’intervalle, entre ici et ailleurs, entre présent et futur..
Peut-être sommes-nous, Hongkongais, comme une barque vide dérivant au large. Sans cap précis, sans savoir où nous allons, nous ne sommes qu'une barque vide emportée par le courant.
Dion Leung